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Problématique de recherche

Aucun pays ne reste à l’écart des grands phénomènes de concentration des populations dans les métropoles. C’est le cas dans les deux pays impliqués dans le programme : le Sénégal et le Bénin. La zone d’attraction de l’agglomération dakaroise s’étend sur toute la presqu’île du Cap Vert et rejoint lentement Thiès (75 km). Au Bénin, se créée un grand pôle urbain autour de Cotonou et des villes secondaires périphériques situées à moins de 30 km et des conurbations se créent entre villes secondaires (Abomey- Bohicon).

Le foncier est au cœur du processus d’expansion urbaine

En périphérie des villes, l’espace disponible se réduit, l’accès aux ressources est limité, mais en revanche, l’accès aux intrants et aux services et les marchés proches créent de nouvelles opportunités. Les dynamiques d’intensification agricole induites se traduisent par un accroissement de la valeur agricole des terres.

Parallèlement des quartiers spontanés se créent avec des modalités d’accès à la terre variées. Des opérations de lotissement sont parfois organisées par la municipalité, avec expropriation des détenteurs actuels et attribution à des individus demandeurs. Ces opérations foncières sont à la fois une source de recettes importantes pour la municipalité ou l’Etat et des occasions privilégiées de manipulation.

Des acteurs plus nombreux, plus hétérogènes que dans le milieu rural, se rencontrent là, ayant chacun leurs propres stratégies, dans un contexte où le changement radical du statut de l’espace et de la valeur de la terre (souvent 10 à 20 fois plus élevée que pour des terres agricoles) suscite des enjeux économiques forts, où le contrôle des processus et la capacité d’anticipation déterminent largement les gains.

L’urbanisation se fait aux dépends des espaces agricoles et naturels

Chassés du centre-ville par des programmes d’aménagement, à la recherche d’un cadre de vie plus agréable ou de parcelles d’habitation à un prix plus bas, les urbains s’installent de plus en plus nombreux dans les zones rurales adjacentes aux villes. Ce phénomène de périurbanisation, qui se développe sur les espaces « libres » (sous-entendu libres pour l’urbanisation) se fait le plus souvent aux dépends des terres agricoles et des réserves d’espaces naturels, de forêts. La valorisation de ces espaces sont cependant sources de revenus et d’emplois et ont un rôle dans l’équilibre des écosystèmes et la qualité de la vie. Les acteurs qui vivent de l’exploitation de ces espaces ont souvent peu d’influence sur les décisions de planification qui sont prises. Peu informés et peu conscients des enjeux, ils n’ont pas toujours la capacité d’anticiper. Les élus et responsables politiques, les services de l’état, les décideurs qui influencent les politiques urbaines d’un côté et les politiques de développement agricoles de l’autre ne se connaissent pas, voire s’ignorent ou se combattent.

L’environnement est menacé

L’intensification des systèmes de production, les difficultés de gestion de l’expansion urbaine ont également des impacts environnementaux et sanitaires importants (pollution des terres et des eaux peu profondes par les déchets urbains, les engrais chimiques et les pesticides – dont les dosages sont mal maîtrisés-, utilisation d’eaux usées pour le maraîchage sans traitement préalable) qui accentuent le phénomène de périurbanisation. Ainsi L’extension de la ville de Cotonou s’explique surtout par des facteurs environnementaux. Le prélèvement accru de sable de mer pour les chantiers de construction, l’abrasion maritime, la pollution atmosphérique accentuée par le transport urbain motorisé, le déversement des ordures ménagères dans les caniveaux amènent les populations urbaines à rechercher des lieux d’habitation plus agréables et à s’installer dans la zone (de plateau) périphérique de la ville, augmentant ainsi l’emprise de la ville sur les zones agricoles et naturelles.

Pour ces différentes raisons, on peut faire l’hypothèse qu’il y a un enjeu économique et écologique au maintien de certains espaces agricoles et/ou naturels en périphérie des villes et dans ces franges en cours d’urbanisation et que ce maintien doit se faire par une meilleure intégration des activités agricoles au contexte urbain et par la recherche de diminution des nuisances des activités urbaines et agricoles sur l’environnement. Dans un contexte où les processus d’expansion urbaine, spontanés ou organisés par les municipalités, prennent peu ou pas en compte ces enjeux, on peut penser qu’une prise de conscience de leur importance et une meilleure connaissance réciproque entre acteurs (populations urbaines et rurales, élus locaux à qui les politiques de décentralisation ont transféré de nouvelles compétences, dont celle de la gestion du foncier) peuvent favoriser une gestion plus durable et plus concertée de ces espaces.

En Afrique de l’Ouest, le Sénégal et le Bénin connaissent tous deux des phénomènes similaires d’extension urbaine et d’intensification agricole dans des écosystèmes fragiles, avec toutefois des histoires, des contextes agro-écologiques et des politiques publiques très différents : au Bénin, la zone côtière a une longue histoire urbaine et a connu de longues dates de fortes densités de populations, avec des acteurs urbains possédant des plantations en milieu rural. Au Sénégal au contraire, l’expansion urbaine est plus récente, en dehors de Dakar, alimentée par un exode rural plus lointain.

La recherche est conduite sur deux périphéries urbaines contrastées, dans chacun des deux pays concernés : Mboro et Thiès au Sénégal, Abomey-Bohicon et Parakou au Bénin. Le programme de travail et le dispositif de recherche visent à assurer une coordination entre les sites et une harmonisation des méthodologies pour une meilleure analyse et exploitation des résultats.
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