Le foncier est au cur du processus dexpansion urbaine
En périphérie des villes, lespace disponible
se réduit, laccès aux ressources est limité,
mais en revanche, laccès aux intrants et aux services
et les marchés proches créent de nouvelles opportunités.
Les dynamiques dintensification agricole induites se traduisent
par un accroissement de la valeur agricole des terres.
Parallèlement des quartiers spontanés se créent
avec des modalités daccès à la terre
variées. Des opérations de lotissement sont parfois
organisées par la municipalité, avec expropriation
des détenteurs actuels et attribution à des individus
demandeurs. Ces opérations foncières sont à
la fois une source de recettes importantes pour la municipalité
ou lEtat et des occasions privilégiées de
manipulation.
Des acteurs plus nombreux, plus hétérogènes
que dans le milieu rural, se rencontrent là, ayant chacun
leurs propres stratégies, dans un contexte où le
changement radical du statut de lespace et de la valeur
de la terre (souvent 10 à 20 fois plus élevée
que pour des terres agricoles) suscite des enjeux économiques
forts, où le contrôle des processus et la capacité
danticipation déterminent largement les gains.
Lurbanisation se fait aux dépends des espaces agricoles
et naturels
Chassés du centre-ville par des programmes daménagement,
à la recherche dun cadre de vie plus agréable
ou de parcelles dhabitation à un prix plus bas, les
urbains sinstallent de plus en plus nombreux dans les zones
rurales adjacentes aux villes. Ce phénomène de périurbanisation,
qui se développe sur les espaces « libres »
(sous-entendu libres pour lurbanisation) se fait le plus
souvent aux dépends des terres agricoles et des réserves
despaces naturels, de forêts. La valorisation de ces
espaces sont cependant sources de revenus et demplois et
ont un rôle dans léquilibre des écosystèmes
et la qualité de la vie. Les acteurs qui vivent de lexploitation
de ces espaces ont souvent peu dinfluence sur les décisions
de planification qui sont prises. Peu informés et peu conscients
des enjeux, ils nont pas toujours la capacité danticiper.
Les élus et responsables politiques, les services de létat,
les décideurs qui influencent les politiques urbaines dun
côté et les politiques de développement agricoles
de lautre ne se connaissent pas, voire signorent ou
se combattent.
|
Lenvironnement est menacé
Lintensification des systèmes de production, les
difficultés de gestion de lexpansion urbaine ont
également des impacts environnementaux et sanitaires importants
(pollution des terres et des eaux peu profondes par les déchets
urbains, les engrais chimiques et les pesticides dont les
dosages sont mal maîtrisés-, utilisation deaux
usées pour le maraîchage sans traitement préalable)
qui accentuent le phénomène de périurbanisation.
Ainsi Lextension de la ville de Cotonou sexplique
surtout par des facteurs environnementaux. Le prélèvement
accru de sable de mer pour les chantiers de construction, labrasion
maritime, la pollution atmosphérique accentuée par
le transport urbain motorisé, le déversement des
ordures ménagères dans les caniveaux amènent
les populations urbaines à rechercher des lieux dhabitation
plus agréables et à sinstaller dans la zone
(de plateau) périphérique de la ville, augmentant
ainsi lemprise de la ville sur les zones agricoles et naturelles.
Pour ces différentes raisons, on peut faire lhypothèse
quil y a un enjeu économique et écologique
au maintien de certains espaces agricoles et/ou naturels en périphérie
des villes et dans ces franges en cours durbanisation et
que ce maintien doit se faire par une meilleure intégration
des activités agricoles au contexte urbain et par la recherche
de diminution des nuisances des activités urbaines et agricoles
sur lenvironnement. Dans un contexte où les processus
dexpansion urbaine, spontanés ou organisés
par les municipalités, prennent peu ou pas en compte ces
enjeux, on peut penser quune prise de conscience de leur
importance et une meilleure connaissance réciproque entre
acteurs (populations urbaines et rurales, élus locaux à
qui les politiques de décentralisation ont transféré
de nouvelles compétences, dont celle de la gestion du foncier)
peuvent favoriser une gestion plus durable et plus concertée
de ces espaces.
En Afrique de lOuest, le Sénégal et le Bénin
connaissent tous deux des phénomènes similaires
dextension urbaine et dintensification agricole dans
des écosystèmes fragiles, avec toutefois des histoires,
des contextes agro-écologiques et des politiques publiques
très différents : au Bénin, la zone côtière
a une longue histoire urbaine et a connu de longues dates de fortes
densités de populations, avec des acteurs urbains possédant
des plantations en milieu rural. Au Sénégal au contraire,
lexpansion urbaine est plus récente, en dehors de
Dakar, alimentée par un exode rural plus lointain.
|