La ville de Thiès
La ville de Thiès est un chef lieu de région et
de département. Elle est la deuxième ville du Sénégal
tant au plan économique que démographique (taux
de croissance de 2,8 à 3 % par an) avec une population
estimée à 250.000habitants. Elle fut naguère
la première zone dimplantation des entreprises qui
bénéficiaient ainsi dune baisse importante
de leur fiscalité suite à une mesure incitative
que le gouvernement de lépoque avait prise en vue
de décongestionner la région de Dakar.
Lapplication de nouvelles politiques industrielles entre
autres et lenvironnement international défavorable
a entraîné un dépérissement des activités
économiques qui a poussé la plupart des entreprises
à la faillite. Les situations difficiles dans lesquelles
se trouvent la société des chemins de fer du Sénégal,
principale entreprise pourvoyeuse demplois pour les populations
de la ville, a renforcé les processus de paupérisation
de larges couches de la population. Face à la rareté
de lemploi salarié, les populations tentent de trouver
des revenus avec les activités agricoles jusquici
menées à la périphérie de la commune
maos qui sétendent jusquau niveau de la communauté
rurale.
La ville de Thiès sest étendue, depuis les
années 60, et on dénombre 3 périmètres
successifs dextension urbaine (périmètre de
1954, de 1974, de 1978), qui montrent une accélération
exponentielle de lemprise de la ville de Thiès sur
lespace agricole alentour.
La ville de Thiès a maintenant englobé de nombreux
villages autrefois situés à la périphérie
de la ville. On distingue trois types de villages ex-ruraux autour
de Thiès :
- Les « engloutis » : Wangou Jung, Thialy, Tionah.
Ce sont des villages aujourdhui totalement intégrés
dans la ville (lotis).
- Les « intermédiaires » : Ils sont situés
à la périphérie de la ville de Thiès.
Les habitations du village sont déjà dans la ville,
mais les terres agricoles sont encore pour partie à lextérieur.
Les habitants peuvent continuer à mener leurs activités
dagriculteurs. Au Nord : Thiapong, Pognène, Diassap,
rattachés à Thiès selon le périmètre
de 1978. Au Sud : Wango, Tional jung, Simmnang, Nouffouk, Ngoumsane,
Deycouk.
- La communauté rurale de Fandène : elle ceinture
Thiès, et est aujourdhui menacée par lextension
urbaine (Thiès étant proche de Dakar, mais «
verte », de nombreuses personnes peuvent choisir dhabiter
Thiès et de travailler à Dakar, ou achètent
des terres en lotissement à Thiès pour spéculer)
La ville continue à enregistrer une forte croissance démographique
et commence à épuiser ses réserves foncières.
La forte demande de parcelles à usage dhabitation
amènent les populations à faire des pressions sur
les autorités municipales et politiques dont les compétences
en matière foncière se limitent aux terres du territoire
communal que la commune cherche donc à étendre par
décret en captant les terres des communautés rurales
voisines. La ville sétend aussi potentiellement sur
des espaces naturels : la forêt classée (200 hectares).
La ville est encerclée par la communauté rurale
de Fandéne composée de 36 villages qui recèle
des ressources agricoles, pastorales et forestières (notamment
ronier) importantes et qui essaie de négocier lavancée
de la ville. La communauté rurale de Keur moussa jouxte
également depuis peu la ville de Thiès.
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Le foncier est utilisé comme moyen de contrôle social
et politique. Les opérations de lotissement réali-sées
au sein de la communauté rurale de Fandéne obéissent
à des calculs politiciens pour entretenir une clientèle
politique.
La zone de Thiès est une zone dagriculture familiale
pluviale (mil, maïs, sorgho, niébé dautosubsistance,
manioc commercialisé) qui nourrit les agriculteurs durant
6 à 8 mois. La communauté rurale qui comptait en
1988 14 500 habitants est bâtie sur une cuvette inondable
qui permet denvisager un développement des cultures
maraîchères, notamment, le piment. Les légumes
souffrent cependant de la concurrence avec ceux issus des zones
plus fertiles (niayes). Hormis ces possibilités de ressources
financières, les agriculteurs qui doivent acheter de la
nourriture, vendent du petit bétail, des volailles ou de
mangues. Certains villages environnant Thiès exploitent
également le quinqueliba (feuilles pour tisanes) et le
rônier. Dune manière générale,
la demande de la ville de Thiès en produits agro-forestiers
pousse les populations rurales confrontées à labsence
de revenus à exploiter de façon abusive le quinquéliba
et dautres produits forestiers ; ce qui entraîne une
déforestation et une dégradation des sols.
Aujourdhui, les ruraux sont las de subir bras croisés
lextension de la ville. Les conseils ruraux réclament
de savoir quelles sont les limites des communautés rurales.
Lextension de la ville est sans doute inexorable, mais au
moins, la communauté de Fandène souhaite quelle
soit négociée, pour ne pas em-piéter sur
les terres les plus fertiles ou les plus adaptées aux cultures
maraîchères. Les groupements de villages et les fédérations
de quartier collaborent.
Depuis 1994, cette réflexion, qui était menée
seulement par des « paysans », a pris de lampleur.
Le maire de Thiès a répondu favorablement et le
préfet a crée en 2000 un cadre de concertation par
décret. (Cest à dire un lieu où se
retrouvent les présidents des communautés rurales
qui entourent Thiès, le maire de Thiès, et les services
techniques, sous la présidence du préfet). Ce dialogue
minimal est un grand pas dans la prise en compte des intérêts
des paysans dans lavancée urbaine. Un groupement
dintérêt communautaire a été
crée entre la commune et la communauté rurale de
Fandène.
Le projet « IMAP » (Instruments modèles daménagement
participatif) qui associe pour le moment Enda Graf, RUP et ECOPOP,
lécole polytechnique de Thiès (génie
rural) et lécole polytechnique de Lau-sanne) avait
pour objectif de faciliter cette concertation. Il sagissait
de doter les ruraux doutils et dinformations pour
quils soient en mesure de faire des propositions argumentées
daménagement de lespace. Le programme ne semble
pas avoir pu atteindre ces objectifs. Cependant le dialogue entre
communautés rurales et communes na pas été
rompu après les élections municipales et il semble
possible dutiliser les dispositifs mis en place pour mener
les travaux prévus dans Ecocité.
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